La recherche sur les psychédéliques est en plein essor, et de nombreux laboratoires recherchent des médicaments alternatifs moins chers et plus efficaces pour des troubles de santé mentale comme la dépression ou la schizophrénie. Mais l'innovation pharmaceutique nécessite des études de plus grande envergure avec des résultats plus cohérents.
Notre équipe internationale a utilisé l'IA pour analyser les données de plus de 500 examens d'imagerie cérébrale (10 fois plus que les recherches précédentes) dans le cadre de la plus grande étude au monde sur les effets des psychédéliques sur la fonction cérébrale chez l'humain.
Dans notre article, publié dans la revue Nature Medicine, nous avons découvert que la psilocybine, le LSD, la mescaline, la DMT et l'ayahuasca agissent de manière similaire: ils aplanissent les hiérarchies fonctionnelles et permettent à des zones isolées du cerveau de communiquer. Nos résultats posent les fondations sur lesquelles bâtir la prochaine génération de découverte de médicaments pour lutter efficacement contre les défis croissants liés à la santé mentale dans le monde.
Le plus grand jeu de données au monde
Malgré d'énormes incitatifs économiques, les données de recherche existantes sur les psychédéliques sont fragmentées à travers un réseau informel de laboratoires de recherche à travers le monde, qui se concentrent souvent sur une seule molécule et de petites cohortes.
Pour tirer parti de ces découvertes et accélérer de potentielles percées, nous avons réuni les meilleurs chercheurs en psychédéliques de la planète et regroupé les données de 500 séances d'imagerie cérébrale provenant de dizaines de laboratoires en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe.
Nous avons commencé par uniformiser les données d'IRM grâce à des protocoles analytiques locaux avant de les regrouper à Mila. Nous avons ensuite appliqué la méta-analyse bayésienne aux neurosciences pour trouver des motifs dans les données à l'aide de l'IA, créant ainsi une carte probabiliste qui quantifie la certitude dans les changements cérébraux observés au lieu d'offrir des conclusions binaires (par exemple, une augmentation de la communication entre le système émotionnel et les régions avancées du cortex).
De l’anarchie dans l’ordre cérébral
Notre méga-analyse systématique a révélé que les cinq différentes drogues psychédéliques étudiées partagent toutes un effet similaire: elles décomposent la cohérence fonctionnelle des systèmes hautement organisés et aplanissent systématiquement les hiérarchies habituelles entre les réseaux cérébraux.
Sous l'influence de psychédéliques, des zones du cerveau qui sont habituellement isolées commencent à communiquer entre elles, remettant en question la hiérarchie naturelle du cerveau. Cela permet à des zones profondes génératrices d'informations de prendre le contrôle du cortex visuel et de produire des hallucinations, par exemple.
Nouvelles perspectives
Notre méta-analyse à grande échelle sur les effets des drogues psychédéliques sur le cerveau humain, propulsée par l'IA, bouleverse les méthodes pharmacologiques classiques qui se concentrent sur la façon dont les drogues individuelles se lient à des récepteurs spécifiques comme la sérotonine ou la dopamine.
En prouvant que des molécules variées partagent toutes un effet macroscopique commun, cette étude à grande échelle approfondit notre compréhension des effets physiques des psychédéliques et fournit des données cruciales pour inspirer la prochaine vague d'innovation en matière de médicaments psychédéliques.