Celles et ceux qui construisent l’intelligence artificielle façonnent ce qu’elle devient. À mesure que les systèmes d’IA s’intègrent davantage dans toutes les sphères de nos vies, la composition des équipes qui les créent a des conséquences bien réelles. Depuis près d’une décennie, le AI4Good Lab forme des participantes et des personnes de diversité de genre en apprentissage automatique, avec la conviction que l’excellence technique et la responsabilité éthique ne sont pas des objectifs distincts. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Mila s’est entretenu avec trois anciennes participantes au sujet de leur parcours, de leur expérience dans le programme et de ce qu’il faut pour que les femmes et les personnes de diversité de genre trouvent leur place dans le domaine de l’IA.
Aaina Garg | Cohorte 2025 de Toronto
Sur quel projet votre équipe a-t-elle travaillé dans le cadre de votre formation avec le AI4Good Lab ?
Nous avons travaillé sur la réduction des biais dans les systèmes de recrutement par apprentissage automatique. Ces modèles sont entraînés sur des données historiques, et ces données portent en elles les biais du passé. Nous avons fondé notre problématique sur l’étude de cas documentée d’Amazon, dans laquelle le système de recrutement par IA de l’entreprise s’est avéré favoriser les curriculum vitæ masculins pour les postes en ingénierie logicielle. Notre analyse a montré que les signaux liés au genre vont bien au-delà du nom d’une candidate : mentionner sa participation à une équipe universitaire féminine, par exemple, pouvait suffire à identifier le genre de la postulante et à influencer la prise de décision. Nous avons appliqué une technique appelée « débiaisation adversariale » et avons produit un modèle affichant une neutralité de genre améliorée de 68 %, avec une baisse de précision de seulement 2 %. Nous avons également proposé une certification tierce « IA équitable » afin que les candidat·e·s puissent vérifier de manière indépendante les affirmations d’équité d’une entreprise, plutôt que de les accepter telles quelles.
Où votre parcours vous a-t-il mené depuis la fin du programme, et comment le Lab a-t-il influencé cette trajectoire ?
Pendant ma participation au AI4Good Lab, j’effectuais aussi un stage chez Arcadis. Après le programme, j’y ai continué à la fois comme stagiaire en gestion de produits et comme stagiaire en ingénierie de l’apprentissage automatique. En janvier dernier, j’ai officiellement intégré l’équipe IA et données de l’entreprise, devenant ainsi la première personne officiellement recrutée du Canada pour faire partie de ce groupe. Le Lab a joué un rôle majeur dans ce parcours. Il m’a apporté une clarté précieuse : je suis ressortie avec un projet solide dont je pouvais parler avec passion et que j’étais capable de mettre en œuvre d’un point de vue technique.
Que diriez-vous à une femme ou à une personne de diversité de genre qui s’intéresse à l’IA mais hésite à se lancer dans ce domaine ?
Dès ma première année à l’université, je me suis donné comme objectif d’être proactive en organisant des cafés-rencontres, en contactant des étudiant·e·s des années supérieures, des responsables d’associations et des personnes rencontrées lors de stages. Je me suis vraiment mise de l’avant, et je pense que c’est quelque chose que beaucoup de femmes et de personnes issues de groupes sous-représentés hésitent à faire. Les encouragements dans cet espace sont essentiels. Ce sentiment d’être soutenue, qu’on reconnaît votre talent et qu’on vous aide à le développer davantage, c’est une expérience que tout le monde devrait pouvoir vivre. Et honnêtement, n’attendez pas de vous sentir prêt·e. Lancez-vous !
Busayo Ososanwo | Cohorte virtuelle 2025
Qu’est-ce qui vous a poussée à postuler au AI4Good Lab ?
J’ai découvert le AI4Good Lab sur LinkedIn. En lisant la description, je me suis dit que c’était vraiment quelque chose que j’aimerais faire. Le fait que le programme soit centré sur les femmes et les personnes de diversité de genre m’a rendue encore plus enthousiaste. J’avais vraiment envie d’y participer ! Honnêtement, je ne m’attendais pas à être sélectionnée, car j’étais inscrite dans un programme de diplôme, et non dans un programme universitaire. J’ai postulé de bonne foi et, quand j’ai été choisie, j’étais super excitée. Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’accent mis sur l’impact social. Cela m’a permis de voir le domaine de l’IA sous un tout nouvel angle. Au lieu de le percevoir seulement comme un secteur lié aux affaires et à la finance, j’ai pu voir comment il pouvait être utilisé pour générer un impact positif.
Quelle est la chose la plus importante que vous avez apprise au AI4Good Lab et que vous n’auriez pu apprendre nulle part ailleurs ?
Je pense que c’est la notion d’impact — savoir que tout système d’IA que l’on crée peut affecter quelqu’un, de manière positive ou négative, et que l’on doit en être responsable. Il faut comprendre que ce que l’on met en circulation peut littéralement influencer la vie entière de quelqu’un. Un système d’IA ne doit pas nécessairement se limiter aux activités quotidiennes. On peut créer quelque chose qui bénéficie spécifiquement à un groupe particulier de personnes, quelque chose d’inclusif. La plupart des systèmes d’IA dont on parle concernent les affaires ou la finance, mais ici, on peut réellement faire quelque chose pour des groupes ciblés. C’est quelque chose que je sens que je n’aurais pu apprendre nulle part ailleurs.
Selon vous, quels obstacles empêchent les femmes et les personnes de diversité de genre d’entrer dans le domaine de l’IA ?
Le syndrome de l’imposteur — ce sentiment qu’un rôle est peut-être au-delà de vos capacités, même lorsque vous possédez clairement les compétences pour réussir. Je pense aussi que cela vient du fait de ne pas voir suffisamment de femmes représentées dans le domaine. Lorsque les jeunes filles ne voient pas de modèles qui leur ressemblent et n’observent que des hommes dans ces espaces, elles peuvent croire que cette carrière n’est pas faite pour elles. Un conseil que j’ai reçu et que je continue de porter en moi : cherchez vos allié·e·s. Même si une salle compte dix personnes, il y en aura toujours une qui voudra sincèrement vous entendre. Trouvez cette personne. Assurez-vous que votre voix soit entendue. Ne laissez personne s’approprier votre idée. Assumez vos idées.
Abby Buller | Cohorte 2024 de Montréal
En quoi le fait de participer à un programme dédié aux femmes et aux personnes de diversité de genre a-t-il façonné votre expérience ?
Le dernier jour du Lab, je me suis approchée de la personne responsable du programme et je lui ai dit que c’était la meilleure expérience d’apprentissage que j’avais jamais vécue. C’était extraordinaire d’être dans une salle remplie de femmes et de personnes de diversité de genre qui étaient là simplement pour apprendre, faire des erreurs et grandir. Toutes ces craintes de lever la main ou de s’inquiéter de poser une « question stupide » ont simplement disparu. Le réseau perdure même après le programme. Mon fil LinkedIn est rempli de femmes qui font des choses incroyables dans le secteur technologique, et cela aide à reléguer au second plan des pensées comme « je ne suis pas à la hauteur » ou « j’ai le syndrome de l’imposteur ». Être entourée de femmes et de personnes de diversité de genre qui effectuent un travail hautement technique vous fait vous demander : pourquoi aurais-je peur de faire ça ? C’est normal. Cela m’a apporté un tout nouveau niveau de confiance en moi.
Où votre parcours vous a-t-il mené depuis la fin du programme, et comment le Lab a-t-il influencé cette trajectoire ?
Chaque fois que je croise la personne responsable du programme AI4Good Lab, je lui dis que je ne serais pas où j’en suis sans le Lab. Après l’avoir terminé, je suis retournée à mon programme de maîtrise et j’ai suivi davantage de cours techniques en apprentissage automatique. Grâce au Lab et à ces cours, j’ai pu décrocher un poste à l’Alberta Machine Intelligence Institute, où je travaillais en éducation et en consultation pour des entreprises en démarrage faisant leurs premiers pas en IA. J’occupe maintenant un poste de gestion de projet où je supervise plusieurs projets d’IA simultanément. J’aime me considérer comme une personne assez confiante, mais honnêtement, je ne sais pas si j’aurais eu l’assurance nécessaire pour postuler à ce type de postes sans le Lab. Il a vraiment changé le cours de ma carrière jusqu’à présent.
Quel est votre espoir pour la prochaine génération de femmes et de personnes de diversité de genre en IA ?
Je souhaite avant tout qu’elles et iels croient en elles et eux-mêmes et aient la confiance nécessaire pour partager leurs idées. Il y a de nombreux moments où je suis la seule femme lors d’une réunion, la seule personne ne s’identifiant pas comme un homme, et il peut être très intimidant de prendre la parole. Mon espoir est que les femmes et les personnes de diversité de genre continuent de faire entendre leur voix et sachent que leurs opinions sont tout aussi valides et importantes, et, selon le contexte, parfois peut-être encore plus importantes. Il est essentiel d’avoir confiance en sa voix et d’exprimer ses pensées. Nous devons voir des femmes et des personnes de diversité de genre participer à ces grandes discussions, et le seul moyen d’y parvenir est de surmonter la peur de s’exprimer.